28 février 2006

MES RENDEZ-VOUS AVEC LES LECTEURS :

-MERCREDI 8 MARS 2006 à 14 heures
PARIS, Fréquence protestante 100.7 FM , émission "Dans le vent" (sur Médées)

-SAMEDI 18 MARS 2006 à 15 heures
PARIS, Salon du Livre, Porte de Versailles, Hall 1

-MERCREDI 22 MARS 2006 à 20 heures
PARIS, rencontre littéraire organisée par
LES OBSEDES TEXTUELS (www.lesobsedestextuels.com)
sur le thème "Actualité du polar: du thriller au roman noir"
Hôtel LENOX Montparnasse, 15 rue Delambre 75014

-SAMEDI 25 MARS 2006 à 15 heures
SAINT-QUENTIN-EN-YVELINES, Montigny-le-Bretonneux,
Librairie LE PAVE' DU CANAL (www.pave.fr),
signature de Médées

-SAMEDI 8 et DIMANCHE 9 AVRIL 2006
LENS, Salon du Livre policier

08 février 2006















La Librairie LES CAHIERS DE COLETTE et

Les Editions LE PASSAGE
vous invitent, en présence de
Aldo NAOURI,

à la présentation de mon dernier roman:

MEDEES
le mardi 21 février 2006 à 18 heures

Librairie Les Cahiers de Colette
23, rue Rambuteau - 75004 Paris
01 42 72 95 06 - M° Rambuteau

10 janvier 2006

Mardi 10 janvier 2006

MA VISION DU FOOT

Vendredi dernier j’ai rencontré un journaliste de la revue So Foot, qui m’a posé cette question : « Quelle est votre vision du foot » ?
J’avoue que j’étais un peu paniquée : lors de l’écriture de Vert Palatino, j’avais eu un merveilleux consultant en ce domaine, un ami de lycée, supporter passionné (ce qui est probablement une tautologie), qui m’avait renseignée sur les arcanes, les rituels et les sophistications d’un jeu que certains, anxieux de distinction sociale, continuent à considérer de haut. Après discussion par mails interposés avec mon copain de lycée, romanista de cœur et d’esprit, j’ai été amenée à réfléchir à la différente manière d’appréhender le foot en Italie et en France.
A vrai dire, je n’ai pas une vision du foot, j’ai plutôt un regard. Et mon regard, comme tout regard, est aussi fait de distance, quoique cette distance ne se colore jamais de mépris, au contraire : ce serait plutôt une fascination pour cette passion du foot que je n’ai pas et que j’ai toujours crue, depuis mon enfance, être le propre des hommes.
Le jeu, les règles, les mouvements, l’entente, les adversaires : c’est un peu comme la guerre et ses batailles, mais heureusement sans le sang ! D’où cette fascination…

En Italie, le foot ne connaît pas vraiment la différence de classe, c’est un engouement qui traverse toute la société, un miracle qui réunit dans le même lieu, dans une identique attente, la bourgeoisie et le peuple, les intellectuels et les commerçants : c’est le même langage, la même intelligence…
On pourrait même dire qu’en Italie le foot s’inscrit profondément dans l’histoire, dans cet esprit des communes et du « particulare » dont parle Guicciardini. C’est une caractéristique du foot italien, une conséquence du fait que l’Italie n’est pas une nation à la manière dont la France est une nation…

L’esprit du tifo trouve son meilleur exemple dans les villes qui ont deux équipes : à Rome, par exemple, avec l’AS Roma et la Lazio, mais aussi à Milan, à Turin, à Gênes… Probablement l’équipe qui porte le nom de la ville représente le côté plus populaire, tendanciellement plutôt à gauche, des tifosi : d’un côté l’AS Roma, Milan, Turin, Genoa, de l’autre côté Lazio, Inter, Juventus, Sampdoria…
Même si les migrations, la globalisation, les télés, et Berlusconi bien sûr ont fortement entamé ce schéma.
En Italie on aime que l’adversaire soit aussi notre voisin, celui qui nous est proche ; pour un romanista, par exemple, c’est forcément un laziale, pour quelqu’un qui habite Livourne c’est celui qui habite Pise, pour quelqu’un de Brescia celui qui vit à Bergame, pour un Siennois le Florentin… Le modèle étant cette rivalité bien connue qui anime les contrade de Sienne pendant le Palio.
Même si la tradition campanilistica (de clocher) est à la base d’une rivalité foncière qui remonte à l’époque de communes (et la lecture de la Divine Comédie nous en donne des exemples littéraires sublimes), il existe aussi, probablement, une raison plus « moderne », dans un sens plus perverse : celle d’une jouissance après la victoire d’autant plus profonde que l’objet de la raillerie du gagnant est notre adversaire proche, voire très proche : celui que l’on rencontre au café, au bureau, dans notre immeuble, le jour même de la défaite de son équipe ou le lendemain…
Un tifoso a régulièrement besoin de derbies : le derby, c’est l’heure d’une gloire possible, le rayon vert, l’extase de battre son voisin.
Il y a plusieurs manières de devenir tifosi en Italie, et l’initiation est généralement familiale : à l’instar de Hornby, il y a souvent un père ou un frère ou un oncle, bref un adulte aimé et respecté qui vous initie à la passion du foot et vous transmet le virus. Cela commence d’ailleurs à l’école élémentaire, et il est notoire qu’on reste fidèle à son équipe toute la vie : c’est même la seule monogamie qui résiste !

Mon copain de lycée, un type très sérieux, un intellectuel qui n’a jamais manqué un derby de l’AS Roma depuis l’âge de dix ans, finit toujours par vous demander, si vous lui parler de quelqu’un que vous aimez bien, ami ou petit ami : « De quelle équipe est-il supporter ? »
Peu importe l’équipe, si vous lui répondez qu’il est supporter, il se déride immédiatement ; mais si vous lui dites que le foot n’intéresse pas votre ami, il vous met en garde, il va jusqu’à insinuer que votre ami a eu des problèmes à établir des contacts avec les autres, qu’il n’a dû jamais ressentir l’urgence d’assimiler une grammaire commune des sentiments, qu’il ne s’est pas laissé séduire par les passions de l’enfance, qu’il y a résisté. Et surtout, finit-il toujours par vous demander, ne possédant pas un récipient de passion gratuite et non rationnelle, où gardera-t-il, votre ami, son irrationalité, si dans sa vie il n’y a pas des canaux où la déverser ?

Lorsqu’ on est tifoso, on n’est pas forcément juste, ni « sportif » : celui qui doit être sportif, c’est celui qui pratique le sport, celui qui joue sur le terrain, et non celui qui regarde son équipe avec l’angoisse du résultat. Le vrai tifoso revendique le droit de jouir –pas toujours, mais nécessairement pendant les derbies- d’une victoire volée, même grâce à un auto-gol, même avec un penalty injuste, car il affirme savoir à quel point les circonstances adverses feront enrager l’autre, son adversaire tout proche…
Au stade, dans l’exultation d’un goal décisif, on embrasse son voisin, le compagnon inconnu, et c’est bien le seul lieu où cela semble possible car il est difficile d’imaginer, par exemple, qu’on puisse se lever et s’embrasser entre inconnus, au cinéma, suite à la joie déclenchée par la beauté d’un plan-séquence.
Il est vrai que tout cela est en train de changer : on regarde de plus en plus les matchs à la télé, crispés de commentaires assourdissants ; au stade dominent trop souvent ces bandes de voyous, généralement fascistes, dont l’unique but est l’affrontement avec des bandes rivales ou avec la police et des bandes rivales.

En France, dans le milieu intellectuel que j’ai fréquenté et que je fréquente encore, le foot est souvent regardé avec un mépris à peine caché ; j’en connais quelques-uns qui n’ont même pas ouvert Vert Palatino justement parce qu’il y est question de foot !
J’avoue ressentir une antipathie foncière pour tous ceux qui méprisent les passions qu’ils n’ont pas ; par pur esprit de contradiction, j’ai souvent affiché d’aimer le foot, alors que je m’y connais si peu et si mal…
Mais je n’ai jamais pensé que c’était une passion de série B, bien que je n’aie rien contre les séries B ni contre les genres mineurs en général, la preuve… J’écris des polars en revendiquant la qualité littéraire du genre !
Et puis Baudelaire m’a initiée assez tôt à l’amour pour les genres mineurs, pour les petits maître, pour cette vaste toile où se mêlent tous les fils : les plus précieux comme les plus modestes, et qui font l’histoire de la littérature, de l’art, du cinéma, et du Calcio

07 novembre 2005

6 novembre 2005
J'ai vu le film de Haneke, "Caché".
Une vie ordinaire, presque immobile comme le cadrage de la caméra qui nous met d'emblée mal à l'aise en nous plongeant dans le doute: où sommes-nous? Dans l'histoire ou dans les yeux des personnages en train de regarder leur histoire? L'image sur l'écran est celle du récit ou bien celle que sont en train de regarder les personnages du récit?
Le doute sera dilué tout le long du film comme une goutte de poison dans une boisson au goût familier.
Il ne se passe pas grand-chose dans cette histoire, et le secret d'enfance, très tôt suggéré, ne semble pas être l'objet réel du récit, ni la cause profonde de tous les mensonges dont se révèle tissée cette vie de famille, apparemment lisse et tranquille. C'est comme si tout se passait bien jusqu'à l'intrusion de cet oeil qui met les protagonistes face à leur propre vie. Comme si de nous regarder vivre ne pouvait que nous faire glisser sur ce terrain hautement inconfortable et miné d'où surgissent toutes les interrogations. Ces interrogations qui en appellent forcément à notre passé, à ce que de notre passé nous partageons dans le couple, à ce que de nous-meme nous confions à nos enfants.
Il n'y a pas de réponse, à la fin du film, quant au vrai responsable de tout le malheur qui s'installe par la simple faute des images dans une vie tranquillement bourgeoise et intellectuelle, mais le long plan final semble suggérer subrepticement que l'ennemi est plus souvent dedans que dehors.

25 octobre 2005


25 octobre 2005

Hier soir, sur Arte, à 20 :30, j’ai vu le film de M.T. Giordana, Les Cent pas. En v.o. (I cento passi). Merci Arte.

Marco Tullio Giordana est le metteur en scène de Nos meilleures années, le film qui, en 2003, a rencontré une certaine faveur auprès du public français (voir sur ce site à la rubrique « Cinéma »).

Les « cent pas », c’est la distance qui sépare la maison du jeune protagoniste en lutte contre la mafia, de la demeure du boss mafieux de son petit village sicilien où l’histoire se déroule. Distance physique et distance morale, politique, sociale et culturelle. Distance immense et si petite, comme celle qui sépare et relie le fils à son père : un père complice de cette société opaque et compacte où la règle mafieuse est celle-là même du pouvoir, dans la complexité d’une toile inextricable de services rendus et à rendre ; un fils qui s’expose au martyre pour défendre une vérité qu’il croit pouvoir crier seul dans le quasi désert du non-pouvoir.

La beauté du film, au-delà de l’émotion assurée d’une dénonciation qui nous livre le nouvel héros d’une lutte fatalement inégale contre la Mafia, phénix à jamais resurgissant de ses cendres, réside dans l’analyse de liens familiaux complexes qui nuancent l’ombre et la lumière propres au cadre historique. Car le père, avec ses compromissions mafieuses, sa dévotion et son obéissance à toute épreuve à plus puissant que soi, avec son adhésion sans faille à la loi du plus fort, arrive néanmoins à nous questionner lorsqu’il protège son fils jusqu’au bout, et jusqu’à en mourir. La mère nous semble, elle, paradoxalement terrible dans son amour absolu envers son fils en révolte, dangereusement voué au sacrifice. La mère ne juge pas, elle aime de cet amour qui ne connaît pas la raison. Et l’on ne peut pas s’empêcher de penser que si son fils n’était pas cet assoiffé de justice qui crie la vérité trop fort pour pouvoir y survivre, mais un assoiffé de pouvoir et de violence, elle l’aimerait de la même manière. Le poème magnifique de Pasolini que le fils lit à sa mère, nous le confirme dans toute sa beauté terrifiante :

Tu es la seule au monde qui sait, de mon cœur,

Ce qui a toujours été, avant tout autre amour. (...)

Tu es irremplaçable. Pour cela est damnée

à la solitude la vie que tu m’as donnée.

Très belle aussi cette scène qui éclaire les relations entre les deux frères, lorsque le cadet, après la mort du père, hurle au héros sa souffrance d’avoir à occuper la place de celui qui répare les blessures causées par l’assoiffé de vérité : consoler leur mère, trembler pour le destin du frère, amadouer le père… Et alors le frère crie sa douleur à la rue déserte du petit village sicilien où cent pas séparent le bourreau de sa victime : lui aussi peut être un héros !

Le film se clôt sur la musique déchirante des Procol Harum (A Whiter Shade of Pale) comme sur un chant de cygne.

L’histoire racontée est une histoire vraie : celle d’un jeune Sicilien, Peppino Impastato, militant du groupe gauchiste « Lotta Continua », engagé personnellement dans la lutte contre la Mafia, et assassiné à l’âge de trente ans, la veille du jour où le cadavre d’Aldo Moro, président de la Démocratie Chrétienne, enlevé par les Brigades Rouges cinquante-cinq jours plus tôt, fut retrouvé à Rome dans le coffre d’une voiture. Coïncidence funeste et malchanceuse. Qui pouvait se soucier, dans ces journées ténébreuses, d’un petit jeune éclaté en morceaux sur les rails de la ligne ferroviaire Palermo-Trapani ?

Après quelques tentatives presque réussies de classer l’affaire comme acte terroriste ayant échoué et ensuite comme suicide ( !), le meurtre a fait l’objet d’un procès où deux mafieux du village sicilien de Cinisi ont été accusés d’avoir commandité l’assassinat de Giuseppe Impastato.

24 octobre 2005

24 octobre 2005: ouverture de mon blog que je tâcherai de maintenir "allegro"!